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"Un portrait professionnel ? Encore ?" Absolument : parce que je suis persuadée que les histoires inspirantes doivent être racontées. Si le découragement peut parfois prendre le dessus quand la recherche d’emploi semble stagner, le parcours de l’ingénieure Souad Benali saura inspirer chacun d’entre vous, qui poserez les yeux ici.

À la première évocation d’un portrait pour cet article, le nom de Souad Benali a immédiatement fait surface. Ayant à cœur la bonne intégration professionnelle des personnes immigrantes sur leur nouvelle terre d’accueil, elle a tout de suite accepté mon invitation à échanger sur son parcours et son expérience. Pandémie oblige, c’est sur la plateforme ZOOM que nous nous sommes retrouvées pour un partage à son image : généreux et engagé. 

L’arrivée, les premiers pas au Québec…et les défis!

Souad a immigré d’Algérie en 2006, une formation d’ingénieure électronique en poche. Visiblement dotée d’un côté entrepreneur, elle a enseigné à l’Université en plus d’être formatrice et directrice fondatrice d’un Centre de formation professionnelle en électricité et en informatique.

Sélectionnée par le gouvernement pour ses qualifications, riche de sa formation en ingénierie et de son expérience professionnelle, Souad, confiante, ne s’attendait pas à ce que son intégration au travail représente un si grand défi. C’est comme adjointe administrative qu’elle a fait son entrée sur le marché du travail québécois, la profession d’ingénieur étant réglementée et réservée aux membres de l’Ordre. Sa passion la rattrape et elle prend l’initiative d’exercer des tâches normalement réservées à d’autres collègues. Sachant que la surqualification professionnelle peut être sensible, je l’ai questionné sur la manière dont elle a vécu cette première expérience au Québec : "J’ai très mal pris leur congédiement après mes trois mois de probation, mais je devrais les remercier aujourd’hui : c’est grâce à eux que je suis allée chercher mon vrai titre !" Décidément elle n’était pas à la bonne place et elle a bien compris ce que son père voulait dire par "chacun son métier". Ce court passage lui a permis de mieux saisir le marché du travail québécois et a agi comme un moteur pour l’atteinte de ses objectifs.

Dans la mire : l’objectif professionnel

Je lui ai demandé ce qui, selon elle, serait à éviter pour une personne immigrante nouvellement arrivée et bien que pour Souad il n’y a pas sots métiers, elle suggère aux professionnels formés à l’étranger de « ne pas se contenter des petits jobs à gauche et à droite », car ceux-ci peuvent impacter de manière importante sur l’égo, le moral et l’intégration. Elle souligne l’importance de retrouver sa vraie carrière et de ne pas hésiter à aller de l’avant avec les démarches d’adhésion à un ordre professionnel, lorsque nécessaire.

Se mettre en action

Souad s’est retroussée les manches et, accompagnée par la CITIM, elle est retournée sur les bancs d’école dans un programme lui permettant de préparer son adhésion à l’Ordre des Ingénieurs du Québec. Toutefois, n’ayant jamais pratiqué au Québec, la recherche d’emploi a continué d’être difficile et le téléphone sonnait peu. Chacun a un projet migratoire qui lui est propre et une façon unique de vivre ces énormes changements, qui affectent à divers degrés pratiquement toutes les sphères de la vie. Souad identifie le manque d’expérience au Québec comme ayant été pour elle le défi le plus important pour intégrer le marché du travail.

Pour surmonter cet obstacle, elle s’est notamment impliquée bénévolement au comité régional de Montréal de l’OIQ (anciennement La régionale des ingénieures de Montréal) et s’est inscrite à une maîtrise, misant notamment stratégiquement sur les stages pour de premières expériences professionnelles. C’est d’ailleurs parallèlement à cette formation de deuxième cycle qu’elle a décroché son premier emploi en ingénierie.

S’informer, s’informer et s’informer

S’informer, s’informer et encore s’informer est le premier conseil que Souad donne aux nouvelles personnes immigrantes qu’elle rencontre. Par expérience, elle sait bien qu’une meilleure compréhension des codes culturels en contexte professionnel et des spécificités du marché du travail québécois leur facilitera l’intégration. Elle mentionne aussi l’importance du travail sur soi : accepter ses différences culturelles sans renier pour autant ses principes et ses valeurs. Essayer de faire en sorte que celles-ci coexistent. S’ouvrir au changement. Elle insiste aussi sur la pertinence du réseautage et conseille vivement aux chercheurs d’emploi de ne pas hésiter, et ce, même si cette pratique peut exiger de sortir de sa zone de confort, ce qui est souvent le cas lorsque celle-ci n’est pas courante dans le pays d’origine. 

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La pertinence de l’accompagnement et la mise en valeur des compétences

Selon Souad, ce qui lui a permis de se distinguer sur le marché du travail québécois réside notamment dans l’exploitation et la mise en valeur de ses compétences autant transversales que professionnelles (d’ingénieure et de gestionnaire) : "le bagage est là. Il suffit de savoir le mettre en valeur pour que l’autre (qui ne connait encore rien de moi) le sache !" Si les compétences professionnelles acquises sont bien évidemment indispensables, elles ne suffisent pas. Encore faut-il savoir se démarquer et Souad mentionne avoir grandement bénéficié de l’accompagnement de conseillers-ères à la CITIM (Clef pour l’intégration au travail des immigrants), un organisme d’intégration socioprofessionnelle qui offre son expertise depuis 34 ans. Pour elle, ce passage a été déterminant : elle y a appris à se vendre, à mettre en valeur ses compétences et expériences professionnelles. Pour reprendre ses mots : elle a appris à exploiter le meilleur en elle. Elle a été accompagnée dans la rédaction et l’adaptation de ses outils de communication en recherche d’emploi et souligne la pertinence d’adapter les termes utilisés à ceux que l’on retrouve sur les offres d’emploi. De son passage à la CITIM, Souad se souvient d’ « un encadrement bien adapté à la réalité de nos immigrants »! Elle se rappelle que l’aide apportée, les conseils et les moyens utilisés pour orienter les professionnels formés à l’étranger étaient constructifs et bien adaptés à leurs besoins.

Différents rôles, grande fierté!

En prenant connaissance du parcours de Souad, j’ai vraiment été impressionnée par son implication sociale et sa détermination professionnelle. Présidente de la RIM – OIQ (Régionale des ingénieurs de Montréal) de 2011 à 2013, Souad figurait au top 5 des femmes algériennes les plus distinguées au Québec en 2016.

J’étais curieuse de savoir ce dont elle est la plus fière, lorsqu’elle pose les yeux sur le rétroviseur de son parcours d’immigration. Sa réponse m’a touché: elle m’a confié être particulièrement fière de ce qu’elle a réussi à accomplir dans son rôle de maman, fière de ses filles qui sont nées pendant ses démarches d’intégration et qui aujourd’hui réussissent très bien à l’école. Mener de front son rôle de maman en engageant parallèlement des démarches nécessaires à la reconnaissance de sa profession à l’Ordre des Ingénieurs du Québec et faire ses preuves en tant que femme ingénieure nouvellement arrivée au Québec est effectivement un accomplissement duquel elle peut être fière. D’autant plus qu’elle a réussi à atteindre ses objectifs tout en s’impliquant socialement afin de faciliter le parcours d’intégration de ses compatriotes.

Si intégration professionnelle ne rime pas toujours avec facilité, Souad est un bel exemple de réussite professionnelle. Elle nous démontre qu’avec un accompagnement adapté et une bonne dose de volonté, rien n’est insurmontable.

Par Julie O’Connor, conseillère en emploi à la CITIM, programme spécialisé en Génie.

 

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